Victoria Chédeau a fait l'experience d'être une entrepreneure
Photo© Audran Sarzier

Victoria Chédeau : « Grâce au Covid, je me suis rendu compte que je n’étais pas faite pour être entrepreneure »

Victoria Chédeau était la cofondatrice de La Table des Dieux, une entreprise de traiteur et d'événementiel. En testant son entreprise et avec l'arrivée soudaine du Covid, elle a compris que le métier d'entrepreneure n'était pas fait pour elle. Témoignage.

1- Victoria, tu as créé en collaboration La Table des Dieux, une entreprise dans le secteur de l'événementiel. Peux-tu nous en dire plus ?

À la base, c'est mon collaborateur qui avait eu l'idée de monter son entreprise de traiteur. Venant du Sud il a voulu tenter l'expérience sur Strasbourg. Pour ma part, ça faisait 12 ans que je travaillais dans l'événementiel. Notamment à l'hôtel "The Westin Paris-Vendôme", comme cheffe de projet, où j'avais en charge la création d'événement pour 30 à 1 500 personnes. C'est vraiment mon cœur de métier !

Mon collaborateur et moi avions travaillé ensemble sur quelques événements, dans une autre entreprise pendant un an et demi. Dans cette entreprise, notre objectif était d’organiser des événements avec traiteur. C'est là que mon collaborateur m'a proposé de le suivre dans son aventure, pour monter La Table des Dieux.
Personnellement, je n'aurai jamais pensé un jour, créer une entreprise. La fibre entrepreneuriale, je n'étais pas sûre de l'avoir. Je ne me voyais pas entrepreneure. Pour autant avec ce projet et l'engouement que m'a transmis mon collaborateur, je me suis laissée porter dans cette aventure (sourire).

Du coup, est-ce que ton rôle dans cette association était aussi de t'occuper de la partie événementielle ?

Mon but était de l'aider sur la partie création d'événements, la communication et le démarchage. En octobre 2019, mon collaborateur est rentré chez Créacité - une couveuse d'entreprises strasbourgeoise - et je l'y ai rejoint, en tant qu'associée. Ainsi, d'octobre à mars 2020, nous avons carburé et fait beaucoup d'événements... ensuite est arrivé le Covid. 

2- Alors justement, est-ce que tu dirais que le Covid t'a freiné dans ton élan d'entrepreneure ?

C'est plus que ça ! Le Covid m'a aidé à m'apercevoir que je n'étais pas faite pour le métier d'entrepreneure. Nous étions en couveuse, donc avec des risques moindres et une comptabilité facilitée, mais la gestion d'un tel projet est quand même très lourde. Ce qui était pratique, c’était que nous avions une sécurité puisque nous touchions tous les deux le chômage. Sans cela, je ne me serais pas lancée dans l'aventure. C'était un filet de sécurité.

Ce qui m'a fait réaliser que je n'étais pas faite pour ce métier, ce sont les désaccords que nous avons pu avoir entre associés, pour nous tirer d'affaire lors de la crise. Là-dessus, il est vrai que pour collaborer sur un projet, il faut être en phase et partager les mêmes valeurs du projet. Et ce, dès le départ. Pour La Table des Dieux, nous n'avions pas la même vision. Et puis la partie administrative... il faut le dire, ce n'était pas pour moi. J'avais en horreur ces tâches quotidiennes ! Comme beaucoup d'entrepreneures, je crois (sourire).

Est-ce que tu dirais que votre mésentente sur l'entreprise est due à un conflit de genre ?

Non, vraiment pas ! (sourire) Nous avons tous les deux des caractères forts : nous avions tous les deux nos visions de l'entreprise et nous ne voulions pas en déroger. C'était plus un conflit de valeurs. J'aurais pu m'associer à une femme, ça aurait été pareil ! (rires) Pour que cela fonctionne, il aurait vraiment fallu être plus raccords sur les fondations du projet.

Je suis donc partie, principalement parce que avec la conjoncture actuelle, je ne voyais pas l'entreprise subvenir aux besoins de deux fondateurs. Je pense que mon collaborateur aura plus de chance de s'en sortir seul. Et je suis persuadée qu'il le fera très bien et avec le succès qu'il mérite ! Nous sommes d'ailleurs, restés bons amis et je suis prête à lui donner un petit coup de pouce si besoin (sourire).

3- Aujourd'hui avec le recul et le fait que tu aies quitté ton collaborateur, comment te sens-tu ? Est-ce que tu te sens grandi de cette expérience ?

Clairement, cette première expérience m'a énormément fait grandir. Je me suis découverte avec ce projet ! (sourire) Aujourd'hui, si je devais repartir sur une création d'entreprise, je pense que je me lancerais seule. Ce qui me permettrait de réaliser une entreprise à mon image.

4- Comment as-tu vécu du coup, cette période de Covid, entre le lancement de l'entreprise, la collaboration, les idées divergentes et le virus ?

Personnellement, je l'ai très mal vécu ! Le secteur est devenu complètement bouché, du jour au lendemain. Les événements s'annulaient les uns après les autres. C'était déprimant ! J'étais très frustrée ! Et puis, je ne voulais pas non plus que l'entreprise ne se cantonne qu'à du domicile. On avait plusieurs services : chef à domicile, le service événementiel pour les entreprises et le service événementiel pour les particuliers. L'événementiel c'était vraiment notre service premium, mais à cause du Covid, tout ça s’est arrêté. On a essayé de continuer, de trouver des solutions mais ça a été difficile de se mettre d'accord.

5- Si tu avais un conseil à donner à des entrepreneures qui souhaiteraient monter leur boîte mais en collaboration, quel serait-il ?

De bien poser les fondations : il est impératif de bien discuter des valeurs, des idées et des objectifs de l'entreprise avant de se lancer en collaboration. Pour que l'entreprise survive, il faut que les deux associés soient en phase. Il faut vraiment prendre le temps de le faire ! Il faut à mon sens, qu'il y ait un esprit de compréhension et de partage mais que les collaborateurs puissent librement échanger, écouter et entendre l'autre.

    1. Merci à Victoria Chédeau qui a partagé son expérience sans subterfuges tout en restant naturelle et positive. Je suis sûre que ses conseils seront utiles. Merci aussi à Marie Rousselet qui a su posé des questions pertinentes.

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